Prise de poids « Anormale » chez la femme

Sujet au combien sensible, la prise anormale de poids chez la femme a fait l’objet d’un nombre effarant d’articles et d’ouvrages.

Précisons d’emblée que notre propos exclue la question de l’obésité, d’ailleurs considérée par le corps médical comme une pathologie à part entière relevant de causes complexes et de traitements divers.

A l’inverse, nous voulons parler de ces prises de poids limitées, parfois insidieuses, telles que nous avons pu les observer chez certaines patientes. Pour parler juste, ces personnes ne nous avaient point consulté pour ce problème puisque nous étions dentistes !

Stupéfiant, non ?

Mais où donc serait le lien entre la bouche et les dents d’une part, la prise de poids d’autre part ?

Plutôt évident : ces organes nous servent à nous alimenter. Mais quel élément nous a alerté sur ce mécanisme insoupçonné qui conduisait ces femmes à prendre du poids avant d’en perdre sous l’effet de notre traitement ?

Fait ahurissant, le-dit traitement n’intervenait absolument pas sur la composante diététique mais visait à soulager des douleurs et/ou des troubles liés à des Dysfonctions Temporo-Mandibulaires*.
Réponse : une tendance anormale à serrer les dents, le jour, la nuit, de façon répétée, intempestive, intense… en dehors des activités habituelles impliquant les dents c’est-à-dire des repas.

Il existe un profil psychologique chez ce genre de femme où dominent la frustration, l’anxiété, l’introversion. Des conditions de stress (aigu ou chronique) en favorisent l’expression clinique sous forme de douleurs diverses et de troubles parfois associés.
La liste paraît trop longue pour être exposée ici sur une page web, mais l’ensemble est traité dans notre ouvrage paru aux Editions Kawa.
La difficulté à exprimer leurs émotions, leur ressenti, incite, involontairement s’entend, les personnes concernées à se « défouler » sur leurs dents. Mal leur en prend !

Les neurosciences ont démontré le caractère hautement sensible des dents.

Lectrices, vous allez être surprises : il ne s’agit aucunement de douleur !

Nous parlons de tact, tel qu’il existe entre le pouce et l’index. Les capacités de perception tactile entre une dent du haut et celle du bas qui lui fait face dépassent celles des doigts. Il suffit de quelques microns (millièmes de millimètres) pour faire naître un message nerveux sensitif. Par malchance, les nerfs qui envoient ces messages tactiles au cerveau, les nerfs trijumaux (un droit, un gauche) comptent parmi les plus réactifs de l’organisme. Qui plus est, ils possèdent des connexions riches et variées avec de nombreux centres nerveux et autres nerfs.

Ces données permettent d’expliquer l’apparition de douleurs et de troubles parfois très loin de la bouche et des dents chez un sujet qui serre les dents.

Mais concernant notre sujet, la prise de poids, qu’en est-il ?

Il y a déjà plus de 30 ans, un confrère chirurgien-dentiste démontrait dans une thèse réalisée au C.N.R.S. de Marseille (Laboratoire de Neurobiologie) que les informations tactiles provenant des dents, plus précisément du parodonte, ligament qui unit la dent à l’os maxillaire, parvenaient dans une petite région du cerveau ô combien essentielle : l’hypothalamus. Pour demeurer simple, disons que cet ensemble de noyaux gère à la fois la faim, la soif, la température et la sexualité.

NB le noyau ventral de l’hypothalamus = centre de l’appétit, trop stimulé par des serrements incessants, il incite au grignotage permanent !

Imaginez un instant des informations excessives en intensité et/ou en durée et/ou en fréquence, arrivant dans cette zone au jeu subtil. On peut s’attendre à voir apparaître des dérèglements fonctionnels : les tendances au grignotage en dehors des repas ou à la boulimie en font partie avec le résultat que l’on imagine aisément.
La preuve par 9 de notre propos réside dans un fait évident : quand la patiente persévère dans le contrôle et la suppression du serrement de dents, elle tend à perdre ses kilos en trop puisqu’elle perd ses mauvaises habitudes (grignotage, boulimie).

Par quel miracle parvient-on à interrompre définitivement le serrement des dents ? Aucun miracle. Juste la mise en application d’un fait scientifique découvert dans les années 1970 par Bratslavski :

Comment stimuler les 2 nerfs faciaux (droit et gauche) pour empêcher les 2 nerfs trijumeaux (droit et gauche) de provoquer le serrement des dents ?

Tout simplement en serrant fortement la lèvre du haut contre celle du bas.

Ce geste simple, répété x fois par jour, surtout lorsque la femme se surprend à serrer les dents, permet, à la condition d’une motivation forte et d’une implication totale de mettre fin au serrement dans l’immense majorité des cas.
Les résultats ne tardent guère. La balance, le juge de paix, en témoignera sous peu !
Cette méthode simple et abordable ne vous empêche point un travail, certes plus long et profond, de transformation du caractère dans le sens d’une plus grande expression de vos émotions et sentiments.
Par ailleurs, cet exercice appelé « méthode de Hartmann » a l’immense avantage de tonifier les muscles des lèvres (orbiculaires) innervés par les muscles faciaux. Résultat : ceci retarde l’apparition des ridules à ce niveau du visage. Quelle lectrice négligerait un tel fait ?

Si vous-même ou une de vos connaissances vous plaignez de prise de poids à cause du grignotage ou de la boulimie, prenez le temps de vous observez durant quelques jours.
Vous arrive-t-il de serrer fortement les dents en dehors des repas, surtout dans des moments qui réclament une attention particulière (conduire, travailler devant un écran, etc.) ?

Si oui, appliquez la « méthode d’Hartmann » avec sérieux et vous verrez peut-être diminuer votre tendance au grignotage ou à la boulimie avec les conséquences agréables logiquement attendues sur votre poids.

Bibliographie
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Becker, E.E.; Kissileff, H.R. (1974). "Inhibitory controls of feeding by the ventromedial hypothalamus". Am J Physiol. 226: 383–396.

Les contrôles des inhibiteurs de l’appétit par le ventromedial de l’hypothalamus.

King, Bruce M. (February 2006). "The rise, fall and resurrection of the ventromedial hypothalamus in the regulation of feeding behavior and body weight". J Physiol Behav. 87 (2): 221–244.

L’augmentation, la diminution, la résurrection du ventromedial de l’hypothalamus dans la régulation des habitudes alimentaires et de la prise de poids.

Syndrome de la Vessie Douloureuse / Cystite Interstitielle

Classifiée dans la catégorie « Troubles » le Syndrome de la Vessie Douloureuse (anciennement appelé « cystite interstitielle » douleurs et/ou incontinence sans infection) aurait aussi bien pu figurer dans la catégorie « Douleurs ».

Parler dans un blog consacré à la sensibilité dentaire de problèmes de vessie semble une gageure.

Je me propose d’expliquer avec des mots les plus simples possibles ce phénomène ahurissant en première analyse, mais bien réel.
Une précision : ex-professeur à la Faculté d’Odontologie de MARSEILLE, de 1969 à 1977, j’ai eu une activité de chercheur dans le Laboratoire de Neurophysiologie Végétative du C.N.R.S. Marseille. Ce laboratoire devenu par la suite Laboratoire de Neurobiologie a été dirigé par un très grand chercheur : Noël MEI. Ce denier avait inventé une technique d’exploration révolutionnaire dans les années 60 qui permettait d’observer l’activité d’un seul neurone…

Appliquée aux nerfs des dents cette technique permit d’établir avec certitude que les dents de tous les mammifères (homme compris) possédaient dans le ligament qui fixe la dent dans l’os des mâchoires deux sortes de capteurs d’informations. Ces capteurs sont appelés récepteurs.
En 1977 nous établissions de manière indiscutable avec Noël MEI cette double innervation ligamentaire.
Contrairement aux idées reçues il apparait une différence d’importance significative entre la douleur et le tact dentaire.

Au risque de me répéter : les dents sont connectées au nerf trijumeau, le nerf sensitif le plus important de l’organisme !

Il ne faut donc pas oublier le SENS de la sensibilité tactile dentaire : de la périphérie –>vers les centres nerveux.

L’organisme humain ne TOLÈRE pas, surtout chez la femme, un contact inter-dentaire trop durable et/ou trop intense = BRUXISME centré.

Les Troubles du Comportement

Il est très difficile pour un non-spécialiste d’admettre qu’un sujet stressé qui serre continuellement les dents puisse dérégler le thermostat de l’organisme. N’oubliez jamais qu’un grand médecin parisien avait décrit « la fièvre des mâcheurs de chewing-gum ».
Tout devient simple et lumineux si l’on consent à admettre que les informations nerveuses envoyées par les capteurs sensibles des dents que nous avons décrit comme récepteurs tactiles de type 1 sont susceptibles de dérégler lorsqu’ils envahissent l’hypothalamus :
– le thermostat de l’organisme T° de 37°,5 à 39°,5
– le centre du comportement alimentaire :
= trop d’appétit, par excès d’informations dentaires déclenchant des réponses positives des cellules du centre de l’appétit.
= manque d’appétit, par excès d’informations dentaires déclenchant des réponses négatives des cellules du centre de l’appétit.
Enfin de nombreux travaux scientifiques, en particulier japonais, tendent à établir qu’une longue mastication des aliments avant leur déglutition diminuerait singulièrement l’appétit !

Tous les comportements peuvent être modifiés par un serrement de dents trop intense et/ou trop prolongé.
* Les dents envoient des informations dans l’hypothalamus.
* L’hypothalamus est voisin de l’amygdale (autre structure que celle située dans votre gorge)
* Cette amygdale est le siège de l’agressivité ; elle communique avec l’hypothalalmus
* En conséquence, il n’est pas étonnant qu’un individu qui serre les dents de manière excessive devienne agressif.

Bibliographie
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Molina OF, Dos Santos J Jr. (2002) Agressivité chez les patients à bruxisme - temporomandibulaire (BTM) opposés à des contrôles témoin : une étude par comparaison clinique résultats préliminaires. Cranio. 20 ; 4: 282-8

L’étude impliquait un groupe de 110 patients temporomandibulaires à comportement de bruxomanie (30 légers , 40 modérés, 40 sévères) avec pour objectif de tester l’hypothèse alternative selon laquelle, eu égard à l’agressivité, il y aurait des différences significatives entre ces groupes .
(…) Ces résultats suggèrent que dans ces sous-groupes de (BTM) une dépression aggravée correspond à une agressivité aggravée et corrobore les recherches précédentes indiquant qu’il y a une relation entre agressivité et bruxisme (seulement dans les groupes avec bruxisme modéré et sévère ).

Trub M, Mei N (1991) Effets de la stimulation périodontale sur les neurones ventro médians de l'hypothalamus ( VMH)., chez le rat anesthésié Brain Res Bull 27; 1: 29-34

Chez des rats anesthésiés on a appliqué des stimulations mécaniques sur l’incisive supérieure. La direction et l’intensité de la stimulation de celles ci pouvaient être modifiées pendant que l’on enregistrait des activités unitaires au niveau du Noyau Ventro Median de l’Hypothalamus (VMH) par le biais de microélectrodes de verre extracellulaires. On a démontré à ce niveau la
grande sensibilité des récepteurs périodontaux à la direction et à l’intensité des stimulations . Ces données rapportées ici en détail suggèrent que les afférences périodontales pourraient être invoquées dans des mécanismes physiologiques incluant la régulation de la prise de nourriture et l’ostéomorphogénèse.

Commentaires : Dès 1991, notre équipe mettait en évidence sur le plan international la projection des récepteurs dentaires de tact au niveau de l’hypothalamus. Grâce à la méthode des microélectrodes, mise au point par Noël MEI au Laboratoire de Neurobiolgie du C.N.R.S. (Marseille – France).
On a pu préciser que chaque information dentaire entraînait une réponse soit positive soit négative des cellules hypothalamiques . Au niveau du Noyau Ventro-Médian de l’hypoyhalamus. (Cf: fig. et biblio. ci-dessous ). On peut logiquement en déduire que le comportement alimentaire puisse en être modifié soit dans le sens de l’hyperphagie entraînant l’obésité soit dans le sens de l’anorexie. Ces données fondamentales sont susceptibles d’être, à notre sens, pour les cliniciens, d’une importance extrême en ce qui concerne l’anorexie mentale des jeunes filles, voire leur obésité. La jeune malade stressée, crispe-t-elle ou non les mâchoires dents serrées ? Est-elle obèse, devient-elle d’une maigreur extrême ? Une anamnèse rigoureuse  prenant en compte la possibilité de troubles du comportement, prend ici toute sa valeur.

T. Otsuka, K.Watanabe,Y. Hirano, K.Kubo, S.Miyake, S.Sato,K.Sasaguri. (2009) Effets de la déviation mandibulaire sur l'activation du cerveau durant la crispation des mâchoires dents serrées : Une étude préliminaire à l'IRM f . J.Craniomandib. Pract.;17, 88-93

Occlusion = état de contact entre les dents
Abstract : Par le biais de l’IRM fonctionnelle (IRMf ), on a mesuré chez 8 sujets sains, les signaux du Niveau Dépendant d’Oxygénation Sanguine (NDOS). Cette présente étude s’est effectuée durant une crispation de mâchoires dent serrées, avec d’un côté : un modèle de malocclusion, en se servant d’ une gouttière qui forçait la mandibule à prendre une position reculée et de l’autre d’une gouttière de contrôle. On a comparé dans les deux cas les signaux du (NDOS) durant des conditions de repos identiques . (…) Durant les deux conditions de serrement, on a observé des activations dans quatre régions du cerveau (le cortex pré-moteur, le cortex pré- frontal, le cortex sensori-moteur, l’insula). Cependant le serrement sur le modèle de malocclusion, entraînant un dysconfort psychologique, augmentait les signaux (NDOS) au niveau du cortex cingulaire antérieur et de l’amygdale (petite région du cerveau : N d T) (…) Ces données peuvent suggérer l’implication du serrement excessif des dents au niveau du cerveau, dans des conditions de mauvaise occlusion, due à un processus neuronal réagissant à une émotion ou à une douleur.

Commentaires : Ces commentaires vont déborder le cadre du résumé et insister sur certains passages de l’article non développés dans le résumé précité. Il est prouvé par ces chercheurs japonais que la position rétropulsée de l’articulation temporo-mandibulaire peut influer une région bien précise des centres supérieurs : l’amygdale. Cette structure (rien à voir avec la gorge) est le centre de l’agressivité. On comprend mieux les confidences des patientes qui serrent les dents excessivement et qui reconnaissent spontanément, lors de l’examen clinique : Je ne sais pas pourquoi, à certains moments , je deviens odieuse, agressive. Elles sont excusables : un traitement visant à l’arrêt de la crispation des mâchoires dents serrées normalisera leur caractère. Nous l’avions observé, après traitement ; de nombreuses patientes avouaient spontanément ce changement de caractère que nous étions bien incapables de leur expliquer.
Hommage soit rendu aux chercheurs japonais !