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"Ne marche jamais sur le chemin tracé, car il ne mène que là où d'autres sont allés" Alexandre Graham Bell
Facteur trigéminal
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Francis HARTMANN : Le Facteur Trigéminal dans la Régulation de la Posture.
Article réalisé d'après la communication faite au congrès d'occlusodontologie de LYON ( FRANCE) 13,14 et 15 mars 1992.



A l'heure actuelle le recours aux données neurophysiologiques s'avère indispensable pour celui qui cherche à perfectionner sa compréhension des mécanismes physiopathologiques intervenant dans les désordres temporo-mandibulaires.
Attention = récepteur desmodontal = récepteur périodontal

Les cliniciens se rendent compte journellement dans leur exercice professionnel du rôle considérable de l'occlusodontologie et de l'importance du fonctionnement harmonieux de l'appareil manducateur dans la guérison de nombreuses douleurs référées et de certains troubles associés (vertiges, acouphènes, nausées, vomissements) Pour ces deux derniers troubles cf. (fig. I a).


LES FAITS

A - OBSERVATIONS CLINIQUES
10 - Le tonus des muscles rotateurs de la cuisse (Travaux de l'Ecole de Posturologie Dr. GAGEY)
a) sans contact entre les dents . Tonus de rotation. L'examen, bouche fermée, du tonus des muscles rotateurs montre qu'il existe normalement une assymétrie entre le tonus des rotateurs externes droits et gauches des cuisses. Dans 95 % des cas le droit est hypertonique.
b) contacts entre les dents (gaze, feuille en plomb pour radiographie dentaire) dans tous les cas où l'interposition d'un corps mince (feuille radio) modifiera l'équilibre tonique, l'intercuspidation provoquera une chute immédiate des rotateurs externes droits. On évoquera dans ce cas une pathologie descendante donc une dysfonction temporo-mandibulaire. Les posturologues présentent ce signe clinique comme un phénomène observable reproductible montrant qu'il existe, à l'évidence, un lien entre la mandibule et le tonus des membres.
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Figure 1 a

Notez la convergence d'influx au niveau de la partie Caudale du noyau spinal du V

2° - L'effet de la modification de la Dimension Verticale d'occlusion (DVO) par une gouttière est particulièrement manifeste dans le cas de sous évaluation de la DVO sur le tonus postural des muscles cervicaux.

a) Le port de la gouttière facilite la rotation de la tête b) Elle facilite également l'extension postérieure de la tête sur le rachis cervical.



B - ARGUMENTS NEURO-ANATOMIQUES

1° - Les cellules cordonnales de la moelle

II est décrit dans tous les traités d'anatomie que la partie caudale du sous-noyau caudal du trijumeau (SNC voir fig. 1) est en rapport avec les segments cervicaux de la moelle épinière (Cl, C2, C3). Par ailleurs, OLSON & WEISBERG (12) ont mis en évidence qu'il existait des connections ascendantes et descendantes, par le biais d'interneurones au niveau du complexe sensitif du trijumeau (fig 1 b).
Par conséquent, il n'est pas difficile de comprendre qu'une information en provenance des récepteurs périodontaux, puisse interférer avec des neurones sensitifs appartenant à Cl, C2, C3.
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Fig 1b
Les afférences dentaires projettent au niveau de la moelle cervicale haute

Notre information sensitive dentaire est ainsi susceptible de pénétrer au niveau de la moelle. Citons DELMAS (4) "Fonctionnellement et partant anatomiquement, des métamères voisins sont reliés les uns aux autres. Cette information dentaire peut diffuser sur toute la hauteur de la moelle si l'excitation qui la provoque est d'une intensité suffisante". Le bruxisme centré diurne ou nocturne (clenching) représente la source de stimulation la plus délétère pour l'organisme. Il faut reconnaître un fait. En France, dès que le mot bruxisme est employé la majorité ne pense qu'au grincement de dents. Aussi, préférons nous pour supprimer l'équivoque l'expression très évocatrice du phénomène : Crispation des mâchoires dents serrées.
Toujours selon DELMAS, "il n'est pas de protoneurone sensitif dont l'axone en pénétrant dans la moelle ne bifurque en une branche ascendante ou descendante se terminant ellesmêmes par de nombreuses collatérales dans la substance grise médullaire homolatérale et même hétérolatérale. On donne à ces cellules le nom de cellules cordonnales. Après un trajet qui ne dépasse pas en moyenne 4 ou 5 métamères, ces fibres replongent dans la substance grise où elles se terminent non sans avoir auparavant donné des collatérales ayant la même destinée".
Cette description neuro-anatomique nous éclaire sur le devenir des afférences dentaires et nous permettent d'aborder sous un angle réaliste le problème des "pathologies descendantes".

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2° La formation réticulée. (fig. 2)

On connait le role capital joué dans la régulation de la posture, à l'étage médulaire, par les influences suprasegmentaires. Bien plus intéressant, est pour l'occlusodontologiste le schéma relatif à la position de posture (ou de repos) de la mandibule . Celui-ci montre que des effets facilitateurs exacerbés en provenance de la formation réticulée couplés à une diminution des effets inhibiteurs en provenance de la même région, puissent entretenir des phénomènes de spasticité au niveau des muscles manducateurs.
Ce dérèglement de l'activité de la formation réticulée survient généralement et brutalement lors d'un stress : coup du lapin (5, 14, 16) ou insidieusement : frustration, facteurs psycho-physiologiques LASKIN (13). NETTER (fig. 2) Ceci permet de comprendre (11) comment le retentissement réticulaire s'effectue au niveau des différents étages ponto-bulbaire, cervical, thoracique, lombaire, sans oublier les membres supérieurs et inférieurs.
Cet ensemble neuro-anatomique rend compte de la "pathologie descendante" observée dans les désordres temporo-mandibulaires, auto-entrenue par le patient par le biais du bnixisme centré = crispation des mâchoires, dents serrées. Ce type de bruxisme, particulièrement délétère pour l'organisme lors du sommeil paradoxal entraînerait, selon nous, un feed-back positif (+) au niveau des formations réticulaires sous-jacentes.

C - Travaux de BUISSERET

sur les connections oculo-trigéminales. (fig. 3)

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L'oeil est reconnu comme un élément primordial dans la régulation des fonctions posturales. A cet égard, les travaux de BUISSERET (3) révèlent par le biais dc traceurs, l'hodologie des afférences trigéminales (Vi) en provenance des muscles oculaires extrinsèques (MOE).
Avertissement : bien suivre le sens des flêches sur le schéma qui montre le trajet qu'emprunte le traceur radio-actif en provenance de l'œil et des dents.

Si l'on injecte de la peroxvdase (3) (schématisée par la lettre Z dans la figure N° 3) au niveau des MOE, on retrouve celle-ci au niveau du ganglion de GASSER, ainsi qu'au niveau du sous-noyau caudal (SNC) du noyau spinal du trijumeau et de la moelle épinière haute (C1, C2 : corne postérieure de la moelle. Cette technique permet de localiser un premier contingent d'afférences des MOE dont le corps cellulaire.est situé au niveau du ganglion de GASSER. Un deuxième marquage par la peroxydase Z est observé également au niveau du noyau mésencéphalique et au niveau du noyau vestibulaire médial. Cela permet de mettre en évidence un deuxième contingent de fibres dont le corps cellulaire est situé dans le noyau mésencéphalique. ce deuxième contingent projette dans un noyau vestibulaire. (centre de l'équilibre = possibilité de vertiges en cas de serrement excessif des dents)
La participation du trijumeau dans les régulations posturales apparaît, dans ces conditions expérimentales, difficile à réfuter. Nous observons que le contingent du V1 que nous nommerons nerf ophtalmo-spinal peut, dans certaines conditions, bruxisme = crispation des mâchoires dents serrées, entrer en communication avec des fibres de la douleur (V2, V3) en provenance des dents et de la muqueuse endo-buccale.

Les recherches de MEYER (8) sur les performances des tireurs de haut niveau reçoivent, par le biais des travaux de BUISSERET, une nette confirmation. On comprendra aisément que des informations dentaires excessives V2, V3 recueillies par le truchement du serrement diurne ou nocturne puissent interférer avec des fibres provenant du V1.

De plus, la non-spécificité de la représentation trigéminale au niveau du noyau spinal du trijumeau (5, 9) est admise depuis les travaux de KERR (7). Ce dernier a montré également au niveau des projections du V1, l'existence d'interneurones en provenance du VII bis du IX et du X.

D - Les travaux de I'Ecole de Clennont-FerrarnL
(A. WODA) (fig. 4)

Nous devons également nous référer aux travaux de AUROY & Al. (1) Cette équipe a montré que la partie rostrale du noyau spinal du V était à vocation nociceptive mais, qu'un contingent de fibres trigéminales projetait au niveau du colliculus supérieur (fig. 1, 3, 4). Ces fibres ne participent pas à la nociception mais à la régulation de l'oculomotricité. On sait que le colliculus supérieur joue un rôle important dans la commande du réflexe de fixation du regard (fig.4 bruxisme serrement des dents). On comprend mieux alors pourquoi les ophtalmologistes ne tiennent pas compte des plaintes de leurs malades concernant des troubles visuels. L'examen est forcément négatif puisque c'est par le biais des afférences dentaires que le traitement de l'oculomotricité est perturbé.

E - Les travaux du CNRS -
Laboratoire de neurobiologie - Marseille (fig. 5)
N.B : desmodontal = périodontal
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TRUB & MEl (15) ont mis en évidence la projection des récepteurs périodontaux au niveau de l'hypothalamus. Ces afférences dentaires peuvent déterminer soit une stimulation soit une inhibition des cellules hypothalamiques. De plus, les cellules hypothalamiques répondent suivant l'intensité et la direction de la stimulation lorsqu'une pression est exercée sur la couronne dentaire.

A partir de l'hypothalamus prend naissance le faisceau longitudinal dorsal (ou faisceau de SCHUTZ fig. 5). Pour KHALE (6), ce faisceau naitrait au niveau du tuber cinereum et des corps mammilaires. Sa distribution se fait au niveau de différents noyaux de nerfs crâniens. Pour MONOD & DUHAMEL (10), la distribution se fait au niveau des nerfs crâniens, mais de plus, ce faisceau se terminerait au niveau du faisceau fondamental antérieur de la moelle épinière zone de la corne antérieure de la moelle, celle de la motricité (fig. 5).

Sous réserve d'une expérimentation neuro-physiologique de confirmation, que nous sommes en train d'effectuer, nous sommes en droit de prendre en considération le rôle du trijumeau dans la régulation de la posture via le relais hypothalamique.



CONCLUSIONS

1° - Des observations cliniques, observables, reproductibles montrent qu'il existe un lien entre l'appareil manducateur et le tonus des muscles cervicaux ainsi qu'entre celui-ci et le tonus des membres.

2° - La formation réticulée, sous l'effet de facteurs psycho physiologiques : (stress observé au décours d'un accident de la circulation, ou lors de la vie courante) est suceptible de perturber les régulations posturales et la régulation posturale trigéminale en particulier. Cette dernière (par des mécanismes qui méritent encore d'être approfondis) retentirait par effet feed-back + sur les structures sous-jacentes. De plus, il apparait qu'un dysfonctionnement trigéminal puisse être à la source de nombreuses douleurs référées, déconcertantes pour les praticiens, mais toujours invalidantes pour nos malades.

3° - Les travaux de BUISSERET confirment l'innervation des muscles oculaires extrinsèques (MOE) par le nerf ophtalmique de WILLIS (Vi) Les afférences en provenance de ces muscles entrent en contact par le biais d'interneurones avec des afférences dentaires notamment lors de parafonctions pouvant perturber secondairement le capteur oculaire. Ces données apparaissent fondées si nous nous appuyons sur nos propres observations cliniques correspondant à 600 malades informatisés avec un recul de dix ans. Il est vain, selon nous, d'opposer le rôle du capteur oculaire et du capteur dentaire puisqu'ils possèdent l'un et l'autre une innervation proprioceptive et sensitive commune : le nerf trijumeau. (V )


4° - Les travaux de AUJROY & Al. (1) démontrent que des afférences en provenance de la partie rostrale du noyau spinal du V sont susceptibles de projeter au niveau du colliculus supérieur. Ces afférences ont un rôle comportemental dans les mouvements des yeux et de la tête. On comprend mieux ainsi sur le plan pathologique les doléances des patients crispant leurs mac'hoires, dents serrées, se plaignant de "troubles de la fixation du regard. Ces troubles disparaissant le plus souvent après nos traitements.

5° - Tes travaux de TRUB & MEI établissent de manière indiscutable la projection des afférences desmodontales au niveau de l'hypothalamus.

L'ensemble de ces travaux éclairent d'un jour nouveau la complexité des manifestations pathologiques observées dans les désordres temporo-mandibulaires. Le rôle important do faisceau longitudinal dorsal était pourtant reconnu depuis longtemps par les neuro-anatomistes.


QUESTIONS

C.KNELESSEN Votre communication souligne combien l'approche neurophysiologique apparaît aujourd'hui indispensable. Et que les questions que se posent les cliniciens doivent s'enrichir des travaux des chercheurs en ce domaine.

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A. Cuccia and C. Caradonna ( 2009) La relation entre le système stomatognathique et la posture Clinics (Sao Paulo) ; 64(1): 61–66.

Récemment de nombreux chercheurs ont mis en évidence des facteurs variés qui peuvent influencer la posture du corps : l'état de l'humeur, l'anxiété,les positions de la têt et du cou, les fonctions orales (respiration, déglutition ), les systèmes oculomoteurs et visuels. ainsi que l'oreille interne. Des études récentes, révèlent un rôle des afférences trigéminales sur la posture. La présente étude se donne pour but de revoir les documents qui ont montré une relation entre le système stomatognathique et la posture. Ces études suggèrent qu'une tension dans le système stomatognathique peut contribuer à entraver un contrôle nerveux de la posture. De nombreuses connexions anatomiques entre les impulsions proprioceptines du système stomatognathique et des structures nerveuses sont impliquées dans la posture (cervelet , noyaux vestibulaires et oculomoteurs, colliculus supérieur). Si l'information proprioceptive du système stiomatognathique est inexacte le contrôle de la tête et la posture peuvent en être affectés. De plus, la présente revue envisage le rôle que le système myo-fascial joue dans la posture. Si elles sont confirmées par des futures recherches, ces considérations peuvent améliorer notre compréhension et le traitement des désordres musculo-squelettiques qui sont associés avec les dysfonctions temporo-mandibulaires, les changements occlusaux et la perte des dents.

Mots Clés : posture du corps , articulation temporomandibulaire, dysfonctions temporomandibulaires , système trigéminal , système facial




BIBLIOGRAPHIE


AUROY P., HtTHUM B., WODA A.
Oral nociceptive activity in the rat superior colliculus. Brain Research, 1991, 549, 275-284
2 - BRAUN B., SCHIFFMAN EL.
The validity and predective value of four assessment intruments for evaluation of the cervical and stomatognathic systems. J. Cranio-Mandib. Disord. Facial Oral Pain, 1991, 5, 239-244
3 - BUISSERET P., BUISSERET-DELMAS C, EPELBAUM M., LEPERCQ H,
Projections proprioceptives primaires des muscles oculaires extrinsèques sur les noyaux vestibulaires et la région cervicale haute. Revue d'O.N.O. 1991, 14, 31 -47
4 - DELMAS A.
Voies et centres nerveux 10ème Ed, MASSON Paris, 1975
5 - HARTMANN F., SAUGET Y., OROFINO J.
Incidences des chocs sur la posture et le mouvement de l'articulation temporo-maxillaire. Archives Internationales de Physiologie et de Biochimie, (XTVème Congrès de la Société de Biomécanique) 1990, 98, 4, 16-17
6- KAHLE W.
Anatomie du système nerveux. Tome III, Flammarion Ed. Paris
7 - KERR W.L
Facial vagal and glossopharyngal nerves in the cat Arch. Neurol., 1962, 6, 264
8 - MEYER J.
Participation des afférences trigéminales dans la régulation tonique posturale orthostatique. Intérêt de l'examen systématique de l'appareil mariducateur chez les sportifs de haut niveau. Thèse de 3ème cycle en Sciences Odontologiques. 1977, 103 p., Paris.
9- MEYER P.
Physiologie Humaine (p. 772) Flammarion Médecine - Sciences, 1977, 1320 p.
10 - MONOD C, DUHAMEL B.
Schémas d'anatomie : système nerveux central. Ed. Gilbert & Co. Paris
11 - NErItR EH.
The CIBA Collection of Medical Illustration.Nervous System, Part I, Anatomy and Physiology, p. 199
12 - OISON & WEISBERG
Trigeminal interneurone in: EMG of Jaw Reflexes in Man, 19 - 50 Ed. VAN STEENBERGHE & DELAAT Leuven University Press, 1989,
13 - SARNAT B. G., LASKIN P.M.
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14 - SCHWARTZ H.C., KENDRICK R.W. Internal derangements of the temporomandibular joint : description of clinical syndromes. Oral Surgery, Oral Medecine, 1984, 58, 1, 24-9
15 - TRUB M., MEi N. Effects on periondontal stimulation on VHM neurones in anesthetized rats. Brain Research 1991, 27, 29-34
16 - WEINBERG S., L.APOINTE H. (1987) Cervical extension-flexion injury (whiplash) and internal derangement of the temporomandibualr joint J. Oral Maxillo-fac. Surg., 45 , 8: 653-6
BIBLIO = XXIème siècle
A. Cuccia and C. Caradonna ( 2009) La relation entre le système stomatognathique et la posture Clinics (Sao Paulo) ; 64(1): 61–66

Mise à jour le Mercredi, 11 Mai 2011 15:19
 
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