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Au cours de ma carrière, j’ai rencontré une quantité impressionnante de patients anxieux ou dépressifs qui échouaient dans ma consultation après avoir erré de praticiens en praticiens sans trouver ni cause ni remèdes. Ils se plaignaient généralement de symptômes douloureux, céphalées, acouphènes, migraine, douleurs cervico-brachiales, mal de dos, sciatalgie, crampes nocturnes dans les mollets (découverte personnelle)…

Ces douleurs pouvaient être associées ou pas, à des symptômes impliquant le système végétatif, à savoir :

* système digestif = intestin irritable, alternance continuelle constipation-diarrhée (confirmés par le professeur Jean-Paul Bernard chef du service d’hépato-gastro-entérologie de l’hôpital de la Timone à Marseille)

* système respiratoire = souffle court, toux

* système cardio-vasculaire = palpitations (voir notre article sur l’éréthisme cardiaque)

* système urinaires = cystite interstitielle, syndrome de la vessie douloureuse ( Article ici)

Constatation :

Ces patients n’auraient jamais obtenu la moindre amélioration en me consultant, si je n’avais déjà lu en 1987, avec le plus grand intérêt, les travaux de recherche fondamentale écrits (en anglais) par un grand chercheur français Daniel Menetrey, futur Directeur du Laboratoire de Neurobiologie C.N.R.S. Paris.

Il démontrait chez les rats le lien étroit qui unissait le nerf trijumeau (nerf des récepteurs tactiles des dents) avec des structures éloignées de la bouche et des dents lesquelles retentissaient sur la fonction urinaire.

Inlassablement inspiré par la phrase de Louis Pasteur  : « Il n’y a pas de  recherche appliquée, il n’y a que des applications de la recherche fondamentale », j’eus l’idée de concevoir cette hypothèse :

un bruxisme constant pouvait-il dérégler le fonctionnement harmonieux de ces structures ?

Bien m’en pris : quelle fut ma stupéfaction (comme vous) et ma satisfaction d’entendre mes patients (femmes 80-90% des cas) après suppression de leur bruxisme par mes techniques, me confier :

– je n’ai plus de migraine 

– je ne suis plus fatiguée le matin au réveil  

– je ne souffre plus de mes fuites urinaires constantes…

mais aussi, et c’est le but du présent article : 

– ce qui avait entrainé chez moi une forte dépression ou anxiété.

Dés lors, il avait une relation claire entre la dépression, l’anxiété et le bruxisme.

L’article ci dessous résume à lui seul l’importance dans les DTM de l’anxiété et de la dépression et donne une idée claire de la localisation du point de départ. En particulier pour les douleurs somatiques.

Traduction Professeur Francis Hartmann

Kindler S, Samietz S, Houshmand M, et al. Symptômes dépressifs et anxieux comme facteurs de risque de douleur des articulations temporo-mandibulaires: étude prospective d’un groupe représentatif de la population en général.  Article du Journal, Soutien à la Recherche, J Pain 2012 Déc; 13(12):1188-97.

Certaines études ont déjà associé la dépression aux troubles des articulations temporo-mandibulaires (ATM). La temporalité reste cependant à clarifier. La plupart des études de patients ont été faites sur des sujets dans des centres de traitement, alors que dans le cadre d’études épidémiologiques, aucun examen clinique n’a été effectué. Cette analyse a examiné les données de suivi à 5 ans de l’Etude de la Santé en Poméranie (SHIP en anglais) basée sur la population. Pour estimer l’effet des symptômes de la dépression et de l’anxiété sur le risque de douleur des ATM, on a utilisé le CID-S (Composite International Diagnostic-Screener – instrument de dépistage des troubles mentaux) et effectué un examen fonctionnel clinique avec palpation de l’articulation temporo-mandibulaire et des muscles masticateurs. Après exclusion des sujets qui souffraient de douleurs articulaires au départ, un échantillon de 3006 participants de race blanche et d’âge moyen de 49 ans a été retenu. Parmi eux, 122 participants ont présenté des signes de douleur articulaire à la palpation. Les sujets présentant des symptômes de dépression avaient un risque accru de douleurs articulaires à la palpation (rapport de taux: 2,1 ; intervalle de confiance à 95%: 1,5-3,0, p <0,001). Les symptômes d’anxiété étaient associés aux douleurs articulaires et musculaires. Le diagnostic, la prévention et le traitement de la douleur des ATM devraient également tenir compte des symptômes de la dépression et de l’anxiété, ainsi que des thérapies appropriées si nécessaire …/…
PERSPECTIVE: Les symptômes dépressifs et anxieux doivent être considérés comme des facteurs de risque de douleur des ATM. Les symptômes dépressifs sont spécifiques à la douleur articulaire alors que les symptômes d’anxiété sont spécifiques à la douleur musculaire, des résultats qui méritent un examen détaillé. Ces résultats peuvent renforcer la prise de décision dans le traitement.

En conclusion, sachez et retenez que les différentes formes de BRUXISME

  • Serrement
  • Grincement
  • Tapotement  des dents entre elles
  • Maintien perpétuel des dents entre elles
  • Frottement jour/ou nuit des dents entre elles

peuvent en l’absence d’un diagnostic approprié et de soins adaptés conduire à l’anxiété, et plus grave, à la dépression (voir la vidéo « un cas exceptionnel »)

Lexique
Douleur somatique : douleur qui concerne le corps dans sa dimension physique
Bibliographie
…et ouvrez pour lire le détail ou la traduction (quand disponible)

Kindler S, Samietz S, Houshmand M, et al. Depressive and anxiety symptoms as risk factors for temporomandibular joint pain: a prospective cohort study in the general population. [Journal Article, Research Support, Non-U.S. Gov't]J Pain 2012 Dec; 13(12):1188-97.

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Previous studies have associated depression and temporomandibular joint disorders (TMDs). The temporality, however, remains to be clarified. Most patient studies have selected subjects from treatment facilities, whereas in epidemiological studies a clinical examination has not been performed. In this study the 5-year follow-up data of the population-based Study of Health in Pomerania (SHIP) were analyzed. To estimate the effect of symptoms of depression and those of anxiety on the risk of TMD pain, the Composite International Diagnostic-Screener (CID-S) and a clinical functional examination with palpation of the temporo mandibular joint and the masticatory muscles were used. After exclusion of subjects having joint pain at baseline, a sample of 3,006 Caucasian participants with a mean age of 49 years resulted. Of those, 122 participants had signs of TMD joint pain upon palpation. Subjects with symptoms of depression had an increased risk of TMD joint pain upon palpation (rate ratio: 2.1; 95% confidence interval: 1.5-3.0; P < .001). Anxiety symptoms were associated with joint and with muscle pain. The diagnosis, prevention, and therapy of TMD pain should also consider symptoms of depression and those of anxiety, and appropriate therapies if necessary.

PERSPECTIVE: Depressive and anxiety symptoms should be considered as risk factors for TMD pain. Depressive symptoms are specific for joint pain whereas anxiety symptoms are specific for muscle pain, findings that deserve detailed examination. These findings may support decision-making in treating TMD.

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1 Comment

  1. Bonjour je suis heureuse de lire tout ce que vous notez car je me sens moins seule avec mes problèmes je suis dans une errance médicale absolue depuis des années avec problèmes occlusaux qu aucun praticien n arrivent à résoudre je souffre et je ne sais plus quoi faire je réside en Normandie y a t il un praticien qui pourrait m aider?? Merci de me donner de l espoir mme deconynck

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