Print Friendly, PDF & Email

Quand on parle de serrement de dents, on imagine le plus souvent les dents serrées avec force les unes contre les autres, mais il faut envisager deux cas :

– Les dents ne sont « que serrées » avec force sans mouvements, c’est une des définitions du bruxisme centré (clenching en anglais).

– Les dents sont serrées avec force et accompagné de « grincement », c’est une définition du bruxisme excentré (grinding en anglais).

Attention : il existe deux autres serrements de dents dits : « sans force » !

  • Le serrement de dents avec délicatesse les unes contre les autres dans un mouvement de va et vient latéral de la mandibule : frottement léger.
  • Le serrement léger continuel sans mouvement de latéralité des dents entre-elles.

Le serrement de dents avec délicatesse.

En plus de 50 ans de recherches clinique et fondamentale, nous avons (avec le docteur Gérard Cucchi) mis en évidence  en 2017, une dyskinésie rarissime (mais hélas, bien réelle) terriblement délétère pour l’organisme à l’origine de crises d’asthme sévères pour lesquelles la cortisone s’était révélée totalement inefficace et une pollakiurie (mictions jusqu’à 10 par nuit).

Nous avons traité un patient (un homme qui représente « que » 10% des cas du dysfonctionnement temporo-mandibulaire D.T.M.) qui présentait en plus des symptômes précités un syndrome de fatigue chronique sévère accompagné de troubles du sommeil.

Ce patient présentait un mouvement de va et vient continuel de la mandibule, sans force. Ses dents étaient continuellement en contact léger les unes avec les autres suivant un mouvement latéral et léger de la mandibule. Ce malade en dépression était en état de stress permanent.

Cette « nouvelle » sur-stimulation (jusqu’à aujourd’hui non décrite) des récepteurs tactiles dentaire de type 1 produit les mêmes effets délétères que le serrement avec force : bruxisme centré avec en plus des crises d’asthme sévères. A notre connaissance aucune publication scientifique jusque là n’avait fait mention du rapport étroit entre T.M.D., stress, asthme et les dents.

Le traitement qui a guéri ce patient de 63 ans : une auto-discipline de fer, en appliquant à la lettre la technique Hartmann-Bratslavski.

  • – gommettes colorées
  • – pincement des lèvres incessant (le nerf facial VII  innerve les lèvres, il inhibe l’activité motrice du nerf trijumeau V lequel met en jeu les mouvements de la mandibule )
  • – le cérémonial de la prise du sommeil =  Au moment d’éteindre la lumière : garder les lèvres en contact, en pensant à quelque chose, ou à quelque moment très agréables

Ce patient a tenu lui même un calendrier mois par mois de l’évolution (disparition) des symptômes.

SYMPTÔMESApril 2017Mai 2017Juin 2017Juillet 2017Août 2017Septembre 2017Octobre 2017Novembre 2017
SOUFFLE COURT43211101
ASTHME43221010
POLLAKIURIE52321110
FATIGUE43210010
CRAMPES MOLLETS32210010
MAL DE DOS21000000
MAL DE VENTRE10OOOOOO
Lexique
D.T.M : Dysfonction Temporo Mandibulaire
H.C.D : Habitude de Contact Dentaire

Le serrement léger continuel sans mouvement de latéralité des dents entre-elles : « l’habitude des dents en contact ou Habitude de Contact Dentaire H.C.D »

C’est la recherche d’Extrême Orient (Japon) qui porte à notre connaissance l’extrême dangerosité du contact continuel des dents entre-elles.

Kino K, Sugisaki M, Haketa T, Amemori Y, Ishikawa T, Shibuya T,Amagasa T, Shibuya T, Tanabe H, Yoda T, Sakamoto I, Omura K, MiyaokaH(2006) Habitude de contact dentaire comme facteur contribuant à une douleur chronique chez des patients ayant des dysfonctions temporo mandibulaires J.Med.Dent.Sci. 53(2):103-9.

On connaît différents facteurs qui causent et perpétuent les dysfonctions temporomandibulaires (DTM). Cependant les rôles des facteurs parafonctionnels n’ont pas été clairement élucidés. Nous trouvons l’une de ces habitudes dans le cadre clinique. Cette habitude parafonctionnelle implique un contact léger journalier entre les dents supérieures et inférieures, lorsque la bouche est fermée.

Nous avons dénommé cette habitude : « Habitude de Contact Dentaire » (H.C.D)

OBJECTIFS : Pour examiner les hypothèses suivantes :

1) H.C.D est associée à la perpétuation de la douleur chronique chez les patients (D.T.M)

2) H.C.D est associée à d’autres facteurs comportementaux.

METHODES : On a analysé 229 malades externes souffrant de douleur chronique avec des modèles de regression logistique multivariée
RÉSULTATS : On trouve H.C.D chez 52, 4% des patients. Les patients avec HCD et une douleur qui dure depuis plus de quatre mois sont moins susceptibles d’éprouver des améliorations de leur douleur à la première visite (OR=1,944, p=0,043). D’autres facteurs associés à la HCD sont les suivants : une mastication unilatérale et l’implication dans un travail de précision.
CONCLUSION : la H.C.D peut prolonger la douleur et être associée à d’autres facteurs comportementaux.

Traduction Pr Francis Hartmann

Bibliographie
…et ouvrez la référence bibliographique pour accéder à l’article original

Teeth contacting habit as a contributing factor to chronic pain in patients with temporomandibular disorders. Sato F1, Kino K, Sugisaki M, Haketa T, Amemori Y, Ishikawa T, Shibuya T, Amagasa T, Shibuya T, Tanabe H, Yoda T, Sakamoto I, Omura K, Miyaoka H.

Print Friendly, PDF & Email

Many different factors are known to cause and perpetuate the symptoms of temporomandibular disorders (TMD). However, the roles of parafunctional factors have not been clearly elucidated. We found one of these habits in the clinical setting. This parafunctional habit involves daily light touching of the upper and lower teeth, when the mouth is closed. We named this habit Teeth Contacting Habit (TCH). [OBJECTIVES] To investigate the following hypotheses: 1) TCH is associated with perpetuation of chronic pain of TMD patients; 2) TCH is associated with other behavioral factors.

[METHODS] Two hundred and twenty-nine TMD outpatients with chronic pain were analyzed with multivariate logistic regression models.

[RESULTS] TCH was found in 52.4% of patients. Patients with TCH and pain lasting for more than four months were less likely to experience improvements in pain at the first visit (OR = 1.944, p = 0.043). Other factors associated with TCH were as follows: unilateral chewing (OR = 2.802) and involvement in a precision job (OR = 2.195).

[CONCLUSION] TCH can prolong TMD pain and is associated with other behavioral factors.

Commentaires : Nous avons dit et répété qu’une stimulation excessive des dents trop intense et/ou trop prolongée était susceptible d’engendrer chez un individu stressé des douleurs très éloignées de la bouche et des mâchoires : mal de dos, sciatalgie, accompagnées ou non de troubles associés (acouphènes, nausées, vertiges, démangeaison dans les oreilles). Il convient d’ajouter : asthme, syndrome de fatigue chronique, pollakiurie, crampes nocturnes dans les mollets. Tous ces symptômes sont classiquement reliés à la fibromyalgie (dite de cause inconnue) à tort ; Il s’agit en réalité d’une conséquence méconnue d’un dysfonctionnement temporo-mandibulaire

Tout patient peut:

  •  soit crisper les mâchoires dents serrées de manière intense et/ou permanente
  • soit, sans effort, laisser toujours ses dents en contact simplement
  • soit « frotter légèrement sans cesse » jour et nuit les dents entre-elles

Ces 3 mauvaises habitudes peuvent éventuellement être l’une ou l’autre génératrices de douleurs et de troubles invalidants pour les malades et déconcertants pour le praticien traitant.

Il convient dans ce cas poser le diagnostic de dysfonctionnement temporo mandibulaire D.T.M  et surtout pas de fibromyalgie (dite de cause inconnue).

11 Comments

  1. Bonjour Professeur,
    Je suis en train de lire votre livre et je découvre que peut-être que mes migraines ne sont pas qu’à cause de mes problèmrs de vue et que ma fatigue continuelle trouve peut-être une autre explication et tout cela met en lumière de manière différente mes possibilités de traitement. En effet je me suis rendu compte il y a seulement quelques mois que je serrais les dents et que cela ma crispais les mâchoires et cela peut-être moins fortement depuis longtemps mais ayant un gros stress depuis quelques mois ça s’est aggravé.
    Cherchant que faire je lis donc votre ouvrage qui est vraiment éclairant merci beaucoup. J’aurais une interrogation concernant la technique Hartmann-Bratslavski de pincement des lèvres car j’aimerais essayer : dans votre livre on lit de serrer fortement les lèvres mais sur internet on lit de pincer doucement pendant 30 secondes… donc quelle est la bonne méthode ? Merci infiniment d’avance car je souhaite pratiquer correctement et me réjouis des résultats.
    Cordialement
    Elodie

    1. Bonjour Elodie,
      A 85 % vous avez fait un diagnostic exact : migraine et fatigue sont étroitement corrélées au serrement de dents (un diagnostic parfait à 100% nécessite une consultation). Dés lors que vous mettez vos lèvres en contact avec une légère pression, vous allez vous même constater qu’il vous est impossible de serrer les dents. La pression idéale, en fait, est celle qui vous paraitra la plus efficace. Je vous remercie de l’intérêt que vous avez porté à mon livre. Et n’hésitez-pas, via le blog, à me tenir informé de l’évolution de votre cas.

      1. Je vous remercie infiniment pour ces précisions Professeur Hartmann.
        Je ne manquerai pas de vous tenir informé de l’évolution grâce à votre technique de pincement des lèvres, je ne le fais que depuis quelques jours mais il me semble déjà que la tension au niveau de l’articulation de mes mâchoires est moins forte et que je peux plus aisèment ouvrir la bouche qu’avant ce qui est très encourageant et je vous remercie pour la lecture très instructive que représente votre livre car j’allais faire ce que mon dentiste m’avais proposé à savoir une gouttière mais je vais attendre un peu pour voir si votre technique avec en plus me remettre à la méditation régulièrement peuvent diminuer le stress provoquant le serrement de dents…
        Cordialement,
        Elodie

  2. Bonjour Professeur,

    Je viens de voir votre blog. Je le trouve très instructif. Je suis âgé de 28 ans et depuis plusieurs mois je souffre de différents symptômes qui peuvent être rattaché à un serrement de dents nocturne. J’ai beaucoup de difficultés à m’en défaire. Je ressent une fatigue et une douleur aux niveau des tempes. Je pense que mon sommeil n’ est pas réparateur. Je me réveille facilement, un peu comme si j’était à demi-endormi. Je voulais savoir comment je peux mettre en place votre méthode pour arrêter de serrer des dents la nuit.
    Cordialement
    Pierre

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*